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Accueil » Publications » Rapport GEM (Global Entrepreneurship Monitor) : France, situation de l’activité entrepreneuriale
Publication FNEGE
Contexte macroéconomique et entrepreneurial
Ce rapport, rédigé par le Lab Entreprendre, s’inscrit dans un contexte singulier marqué par une forte incertitude sociale, politique et économique. Le PIB français fait preuve d’une certaine résilience, avec une croissance de 0,9 % en 2025, légèrement en retrait par rapport à 2024 (+1,1 %), portée principalement par la consommation des ménages et des administrations publiques, ainsi que par un redressement modéré de l’investissement.
Certains secteurs restent sous pression, notamment l’immobilier, la construction, dont la production recule pour la deuxième année consécutive, et l’industrie automobile. De nombreuses petites entreprises subissent à la fois la contraction du pouvoir d’achat des consommateurs et l’augmentation du coût de la dette, ce qui se traduit par un nombre record de 69 957 défaillances en 2025, en particulier parmi les PME. Dans ce contexte, les 1 165 800 créations d’entreprises enregistrées en 2025 (INSEE, 2026), en hausse de 5,0 % par rapport à 2024, témoignent d’une vitalité entrepreneuriale remarquable, confirmée par la progression du taux d’activité entrepreneuriale émergente mesuré par le GEM (11,6 % contre 8,7% en 2024).
Ce rapport permet de mieux comprendre l’évolution de l’activité entrepreneuriale, de ses déterminants et, plus largement, de l’écosystème entrepreneurial. Il s’appuie sur deux études complémentaires : une enquête auprès de la population française âgée de 18 à 64 ans (étude APS) et une analyse réalisée auprès d’un panel d’experts (étude NES). Pour la majorité des indicateurs, une comparaison est effectuée avec les résultats de 2024 afin d’identifier les principales tendances de l’entrepreneuriat en France. Pour les indicateurs issus de l’enquête APS, la comparaison porte également sur les autres pays du G7, à l’exception du Japon, absent de l’enquête APS en 2024 et 2025, ainsi que sur les 21 économies les plus riches parmi les 53 pays ayant participé à l’étude GEM 2025.
Écosystème entrepreneurial
UN CONTEXTE QUI SE REDRESSE, MAIS QUI INVITE À LA PRUDENCE
Après trois années de baisse continue, l’index du contexte entrepreneurial national repart à la hausse en 2025 (5,01/10 contre 4,82 en 2024), franchissant de nouveau le seuil symbolique de 5/10 qui marque un contexte tout juste favorable. Cette inflexion s’accompagne d’une progression remarquable dans le classement international, la France passant de la 22e à la 11e place mondiale. Au sein du G7, elle occupe désormais la deuxième position, derrière le Canada (5,24/10), mais devant le Japon (4,86/10) et les États-Unis (4,79/10), avec un score
supérieur à la moyenne du groupe (4,74/10). Ce résultat doit néanmoins être interprété avec prudence : le seuil de 5/10 est à peine franchi, dans un contexte économique marqué par un record de défaillances et des difficultés croissantes des structures d’accompagnement.
CE QUI DISTINGUE LA FRANCE
Sur les 13 indicateurs du NECI (Index du contexte entrepreneurial), trois progressent depuis 2022 (transfert de R&D, dynamique des marchés et infrastructures physiques), trois restent stables (programmes publics en faveur de l’entrepreneuriat, promotion de l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur, normes culturelles et sociales), tandis que les autres sont en baisse. L’analyse détaillée montre que la France est en retrait par rapport aux pays les plus riches sur six indicateurs, mais en avance sur sept. Parmi les 24 pays les plus riches de l’étude, la France se distingue positivement sur :
• Soutien gouvernemental à l’entrepreneuriat (9e sur 24)
• Accès aux financements (6e sur 24)
• Promotion de l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur (8e sur 24)
En revanche, des fragilités structurelles persistent :
• Promotion de l’entrepreneuriat dans l’enseignement primaire et secondaire (15e sur 24)
• Lourdeur administrative et fiscale (16e sur 24)
• Culture entrepreneuriale et normes sociales (19e sur 24)
Déterminant de l’acte d’entreprendre
UNE FACILITÉ PERÇUE EN RECUL
La perception de la facilité à créer une entreprise s’érode depuis quatre ans (46,6 % en 2025 contre 48,8 % en 2024, 50,5 % en 2023 et 55,4 % en 2022), reflétant le poids croissant des contraintes administratives et bureaucratiques.
La France se situe à la 14e position sur 21 pays à revenu élevé, près de 10 points en dessous de la moyenne de ce groupe (54,1 %), bien qu’elle reste au-dessus de la moyenne des pays du G7 (44,9 %).
UN CONTEXTE PERÇU GLOBALEMENT FAVORABLE
La connaissance de l’environnement entrepreneurial progresse : 56,5 % des répondants déclarent connaître au moins un entrepreneur, contre 55,6 % en 2024. Les opportunités perçues progressent légèrement (43,3 % contre 42,8 % en 2024), même si elles demeurent en retrait par rapport aux années antérieures, autour de 51 %, et à la moyenne du G7 (49,5 %). La peur de l’échec reste contenue : 42,7 % des personnes ayant perçu des opportunités déclarent y avoir renoncé par crainte d’échouer, contre 40,0 % en 2023.
La France se situe ainsi au 4e rang du G7 pour cet indicateur, devant les États-Unis (42,4 %) et l’Allemagne (40,6 %), pour une moyenne de groupe de 46,1 %.
UNE MOTIVATION ÉCONOMIQUE : ENTRE NÉCESSITÉ ET OPPORTUNITÉ
Si la recherche d’autonomie et d’indépendance demeure un ressort important de l’entrepreneuriat, les motivations déclarées en France sont en 2025 principalement d’ordre économique. La motivation liée à la nécessité progresse sensiblement (48,9 % contre 43,0 % en 2024) et redevient la première motivation déclarée, devant la recherche d’enrichissement (42,4 % contre 44,0 % en 2024). Pour autant, créer par nécessité reste nettement en dessous de la moyenne du G7 (62,2 %). Les deux autres motivations apparaissent nettement plus en retrait. La motivation liée à la volonté de perpétuer une tradition familiale reste faible (20,2 %), comparée à la moyenne du G7 (35,5 %).
De même, la création d’entreprise motivée par la volonté de faire une différence dans le monde n’est exprimée que par 19,5 % des entrepreneurs interrogés, en recul sur les dernières années, et très en deçà de la moyenne du G7 (47,6 %).
Activité entrepreneuriale
UNE DYNAMIQUE ENTREPRENEURIALE EN PROGRESSION
L’intention entrepreneuriale atteint 19,8 % en 2025, un niveau inédit depuis 2021, traduisant un regain de confiance dans la capacité à entreprendre. La France reste cependant en deçà de la moyenne du G7 (24,7 %), portée notamment par le Canada (31,9 %) et le Royaume-Uni (31,8 %). L’écart entre les femmes et les hommes se creuse légèrement (23,0% pour les hommes contre 16,7 % pour les femmes). La relation décroissante entre âge et intention se confirme : 28,6 % des 18-24 ans (28,3 % en 2024) envisagent de créer une entreprise dans les trois prochaines années, contre 11,5 % des 55-64 ans (8,5 % en 2024), avec une progression notable dans cette dernière tranche.
Le taux d’activité entrepreneuriale émergente
(TAE) enregistre une progression significative en 2025, atteignant 11,6 % contre 8,7 % en 2024.
Cette hausse concerne à la fois les hommes (13,2 % contre 10,0 % en 2024) et les femmes (10,0 % contre 7,4 % en 2024). La tranche des 25-34 ans affiche le taux le plus élevé (15,9 %). Malgré une intention entrepreneuriale plus forte, seuls 9,4 % des 18-24 ans sont engagés
dans une activité entrepreneuriale naissante, en baisse par rapport à 2024 (10,8 %). Sur le plan territorial, les régions les plus dynamiques sont Provence-Alpes-Côte d’Azur (14,7 %), l’Occitanie (14,3 %) et l’Île-de-France (13,4 %). Malgré cette progression, la France reste en deçà de la moyenne du G7 (17,1 %).
UN TAUX DE SORTIE STABLE ET PARMI LES PLUS BAS DU G7
Si le nombre de défaillances d’entreprises a connu un fort rebond en 2024 et 2025, le nombre de sorties entrepreneuriales identifiées par l’étude APS demeure modéré. Le taux total de sortie entrepreneuriale reste stable en 2025 à 4,3 %, soit le niveau le plus bas parmi les pays du G7 (moyenne : 7,3 %). Les sorties avec arrêt d’activité progressent légèrement (2,8 % contre 2,6 % en 2024), tandis que celles avec continuité d’activité diminuent légèrement (1,5 % contre 1,7 % en 2024). Les motifs de sortie ont également évolué : l’opportunité d’un emploi ou d’un investissement reste le premier motif déclaré (24,0 % contre 25,5 % en 2024), suivie par la non-rentabilité de l’entreprise, en hausse (21,6 % contre 18,1 % en 2024). D’autres raisons jouent également un rôle important, notamment des raisons familiales ou personnelles (19,3 % contre 12,2 % en 2024), l’opportunité de vendre l’entreprise (5,8 % contre 13,2 % en 2024) et le départ à la retraite (2,9 % contre 4,7 % en 2024).
UNE PROGRESSION DE L’INVESTISSEMENT INFORMEL EN VALEUR
Si la part des investisseurs informels recule (6,1 % contre 7,1 % en 2024), le montant moyen investi progresse fortement (30 199 € contre 17 970 € en 2024), signalant un engagement financier plus marqué de ceux qui franchissent le pas. L’investissement informel désigne le fait
d’investir personnellement dans le lancement d’une entreprise initiée par un tiers, qu’il s’agisse d’un proche ou d’un Business Angel. La France se situe en dessous de la moyenne des pays du G7 pour la part des investisseurs (11,6 %) et se classe en avant-dernière position en valeur au sein du G7, seul le Canada affichant un montant inférieur (moyenne du G7 : 36 425€).
PERSPECTIVES
En 2025, l’écosystème entrepreneurial français envoie des signaux encourageants : reprise du TAE, progression de l’index NECI, remontée de l’intention entrepreneuriale et hausse en valeur de l’investissement informel. Ces avancées s’inscrivent toutefois dans un environnement
économique sous tension, rappelant que la dynamique entrepreneuriale française reste fragile et inégalement distribuée. La France se maintient à un niveau intermédiaire au sein du G7, régulièrement devancée par les pays anglosaxons. Trois leviers prioritaires se dégagent pour consolider cette reprise : renforcer la culture entrepreneuriale dès l’enseignement secondaire, alléger les contraintes administratives pesant sur les créateurs, et mieux accompagner les entrepreneurs motivés par nécessité dans un contexte économique durablement sous pression.