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Accueil » Projet Lauréat « Vers des communs de gestion associative » de l’IFMA
Ce projet, porté par les associations La Cabane de la recherche, APPUII et Elancoeur, vise à aborder d’une manière nouvelle la création de valeur des associations caritatives dans les quartiers populaires grâce à la méthode dite d’ethnocomptabilité. Le travail associatif est souvent bénévole ou gratuit, et les pratiques économiques dans le cadre de ce travail échappent au strictement monétaire, bien qu’elles puissent pourtant être liées ou s’appuyer sur l’économie marchande. Ainsi, plutôt que d’évaluer de manière comptable l’activité d’une association, il s’agit d’évaluer la création de valeur depuis le point de vue des acteurs des associations et leurs bénéficiaires, en s’attachant à comprendre ce qui compte pour eux et comment ils le comptent : quelles sont les rationalités économiques, individuelles et collectives, quels sont les cadres de référence d’évaluation, et quelles sont les stratégies de négociation avec le monde marchand ?
La méthode d’ethnocomptabilité est transposable et généralisable à une grande partie du monde associatif. En effet, ce projet entend être le début d’un chantier sur le monde associatif qui, s’il prend comme point de départ l’activité d’aide caritative, peut être transposé à toutes autres associations qui proposent une activité sociale gratuite et qui, de fait, produisent-elles aussi de la valeur sociale. Plus encore, ce projet de recherche répond à une démarche plus générale concernant l’étude des ressorts sociologiques du désintéressement : pourquoi et comment les individus s’entraident et se donnent dans un monde dominé par la rationalité marchande ? Pourquoi et comment les individus s’engagent dans le milieu associatif pour faire don de leur temps et de leur énergie dans une activité sociale alors même qu’il existe déjà l’activité salariée ou entrepreneuriale ? Cette question, d’une portée bien plus générale que la seule ethnocomptabilité avec une seule association caritative, nous permet de comprendre l’engagement associatif via la question de la création de valeur et des rationalités économiques.
La sollicitation d’Elancoeur a donné lieu à une double enquête. Il y a tout d’abord une expertise comptable qui cherchait à évaluer la valeur produite par l’association dans le cadre de son activité de distributions alimentaires. Une deuxième partie de l’enquête cherchait à amener un deuxième niveau de compréhension en dépassant la question de la « valeur » produite par l’association, en s’intéressant, dans une approche ethnocomptable, à ce qui compte pour le groupe etcomment il le compte. Les membres du bureau évoquent leur difficulté, de manière générale, à toucher des subventions publiques, qui ne représentent que 4 % de leur budget en 2022. Les membres du bureau, commanditaires de cette enquête collaborative, espèrent réussir à contrer ces suspicions grâce à une comptabilité précise de la valeur produite par leur activité. Et ce, d’autant plus lorsque cet exercice de comptabilité est réalisé de manière « scientifique » par des chercheurs de l’Université.
L’association Elancoeur, est, comme d’autres associations caritatives, en prise avec l’Etat qui se fait arbitre de la distribution de capital (symbolique et économique) entre les associations. La réception d’une subvention offre non seulement la possibilité matérielle d’exercer l’activité caritative, mais aussi une reconnaissance symbolique du caractère nécessaire de l’action accomplie. Si l’expertise comptable réalisée par La Cabane de la recherche permet à Elancoeur de paraitre comme une association sérieuse, qui sait parler le langage des chiffres à des institutions qui réduisent le monde social à des chiffres, on ne pourra que s’en réjouir. Mais ce n’est finalement pas tant cet outils réclamé par Elancoeur qui permet de mesurer la valeur de l’engagement associatif qui traduit le caractère nécessaire de l’action caritative. La méthode ethnocomptable, qui s’intéresse aux pratiques des individus au regard du sens qu’ils y investissent (tout comme, de manière plus générale, l’approche ethnographique intensive), amène un enseignement que les chiffres d’un rapport comptable ne pourraient traduire.
En s’interressant très concrètement aux arbitrages qui mènent à la composition d’un repas offert à une personne dans le besoin, l’ethnocomptabilité a permis de remonter jusqu’au sens de l’engagement investi par les acteurs caritatifs. En remonter du contenu de l’assiette à la biographie des acteurs, l’enquête a permi de catégoriser trois questions relatives au dons de repas : comment donner ? que donner ? et à qui donner ? Si comment donner et que donner imposent des arbitrages collectifs, l’enquête a mis en évidence que à qui donner représente le seul élément qui ne comporte aucune forme d’ambiguïté, qu’il s’agit d’un aller de soi qui ne nécessite aucun arbitrage dans le cours de la pratique, puisqu’il semble être réglé en amont de l’engagement dans l’association par la socialisation, qui fait que le groupe d’acteurs caritatifs qui composent l’association produisent collectivement une morale qui veut que l’on donne à tout le monde, sans distinction.
